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Le Tout Moi

Le Tout Moi

Un peu de tout et beaucoup de moi... De Macao à Bruxelles en passant par la vie !


Portrait d'un artiste pas comme les autres...Thierry Janssen

Publié par Le Tout Moi sur 3 Décembre 2010, 11:13am

Catégories : #Portraits d'artistes

 Facteur Humain 03

J'ai rencontré Thierry Janssen lorsque je travaillais au Théâtre. Il y venait pour jouer dans Facteur Humain pièce dont il était l'auteur. J'ai du aller la voir à l'époque au moins 4 fois ! :))

Ce qui m'épate chez lui, c'est que c'est un artiste complet. Acteur, auteur, metteur en scène... doué dans tout ce qu'il fait.

Pour l'interview, on s'est donné rendez-vous dans un petit café dans le centre. A la question "Comment ça va ?" il me répond "débordé !". Pas très étonnant, il est sur tout les fronts cette année ! Après avoir joué frère Laurent dans l'adaptation de Roméo et Juliette, il enchaîne avec  "Les névroses sexuelles de nos parents" de Lukas Bärfuss avec le Théâtre de l'Eveil, "Un fil à la patte" de Feydeau au Théâtre Le Public, "Le nom de la rose" à Villers...

Mais évidemment il ne s'arrête pas là... L'auteur en lui a travaillé sur une adaptation de "Le tour du monde en 80 jours" qui sera mis en scène par Thierry Debroux et joué au Parc.  Et une autre de ses pièces "Happy Slapping" mis en scène par Alexandre Drouet à l'Atelier 210. Sans oublier "Des cailloux et des pommes" spectacle d'été mis en scène par Guy Theunissen et Brigitte Bailleux. 

Voilà de quoi être débordé, non ?

Portrait donc d'un artiste pas comme les autres... 

 

Quand as-tu su que tu voulais devenir un acteur ?

 

Mon envie de devenir acteur est venue de manière progressive. Pendant longtemps, j'ai voulu être vétérinaire. Mais j'ai commencé très jeune à suivre des cours à l'Académie d'Ixelles (diction, déclamation, improvisation…) pour vaincre ma timidité! L'art dramatique m'a permis de m'émanciper. J'étais nul en sport et en gymnastique. J'avais enfin trouvé un domaine dans lequel je me débrouillais bien. Avec lequel je pouvais impressionner les autres. Quelque chose qu'ils ne savaient pas faire, mais moi bien! De souffre-douleur, je suis devenu chef de classe.

Et puis surtout, j'avais découvert un nouveau moyen de raconter des histoires. Et ça, ça a toujours été chez moi un besoin vital!

En fin de rétho, j'ai mis en scène et interprété "Hibernatus" dans mon école. Ce fut un gros succès. J'y ai passé toute mon année, j'y ai déployé toute mon énergie et je dois remercier les grèves de l'époque qui m'ont permis de réussir mon année sans passer mes examens!

Ensuite, j'ai voulu en faire mon métier, mais mes parents voulaient que j'obtienne d'abord un autre diplôme avant de me lancer dans les voies artistiques. J'ai donc commencé une candidature de physique à l'ULB. Mais après ma catastrophique première session de Noël, ils ont bien compris qu'il fallait que je rentre dans une école de théâtre. Alors, j'ai quitté l'université, j'ai travaillé comme téléphoniste dans un journal (tout en préparant un spectacle!) et l'année d'après, je rentrais à l'IAD-Théâtre.

 

A quel âge as-tu écrit ta première pièce ?

 

A 24 ans. J'ai terminé ma première pièce dans la nuit du 6 août 1996. Le temps était orageux. Je le sais car j'ai pris l'habitude, quand j'écris les derniers mots d'une pièce, de noter en fin de page le lieu, la date, l'heure ainsi que l'atmosphère qui règne au moment précis où je clôture mon histoire. C'est un gimmick, une petite marque personnelle qui m'amuse. Souvent, je me mets à la fenêtre, j'observe autour de moi, le ciel, les gens dans la rue…Et j'écris ce que je vois, entends et ressens. Ainsi certaines de mes pièces sont postfacées ("Un chat pleure dans la nuit" ou encore "Ciel enflammé, nuit glaciale"…)

Ma première pièce s'intitule "Le Roi Bouffon". Elle raconte l'histoire de cinq personnages, rescapés d'un terrible fléau et prisonniers d'un château perdu au beau milieu d'un monde qui se meurt. Peu à peu ils prennent conscience de la folie dévorante de leur roi et des lourds secrets qui pèsent sur le Royaume.

J'ai toujours écrit. Enfant et ado, j'écrivais des scénarios de BD, des poèmes, des nouvelles…

J'ai toujours eu un besoin vital qu'on me raconte et de raconter des histoires.

 

Qu’est-ce qui t’inspire pour écrire (l’actualité, des histoires racontées, ….) ?

 

Tout est source d'inspiration. Ca peut être un fait divers, un article, une histoire que j'entends ou encore une idée qui surgit à la suite d'un roman, d'un film, d'un documentaire, d'une BD… Lorsque j'ai l'idée, l'émotion qu'elle me procure, je me lance dans des recherches. Je me documente dans des livres, je consulte des infos sur le Net…Et petit à petit, les idées se complètent les unes aux autres.

J'ai besoin de raconter des histoires. Des histoires chargées d'émotions et qui peuvent servir, je l'espère, de piste de réflexions sur notre monde et notre Humanité.

 

As-tu un rituel, des habitudes quand tu écris ?

 

J'écris principalement la nuit. Quand tout est calme et silencieux. De toute façon, je suis insomniaque, donc autant en profiter! J'ai toujours aimé la nuit. Elle m'apaise tout en mettant mon cerveau en ébullition.  J'adore observer la lune et les étoiles (bien que les lumières de Bruxelles empêchent souvent de les admirer).

Il m'arrive aussi de manger des céréales au beau milieu de la nuit quand j'écris. Pour stimuler mon imaginaire. Ce que David Lynch appelle "l'ivresse sucrée".

J'écris la nuit, mais je prends des notes durant la journée. Je trimballe toujours avec moi un sac rempli de cahiers.

 

Et avant de monter sur scène ?

 

Avant de monter sur scène, j'aime me promener sur le plateau, me coucher sur la scène, la toucher, refaire connaissance avec les planches sur lesquelles vont se raconter l'histoire. C'est un moment magique, presque sacré. Souvant j'écoute de la musique. Je me laisse porter par les rythmes, je m'abandonne aux émotions des chansons, j'y puise l'énergie dont j'ai besoin pour le spectacle.  J'écoute principalement Nine Inch Nails, Marilyn Manson, Grinderman, Jimi Hendrix, Nina Simone, Patti Smith…

 

 

Le plus difficile dans ce métier ?

 

Pour moi, le plus difficile c'est de faire les bons choix. Ce ne sont pas toujours les projets qui rapportent le plus financièrement qui sont les plus intéressants. Cependant, il faut bien vivre! Il faut choisir selon son instinct avant tout.

L'autre difficulté est l'incertitude. L'acteur n'avance pas dans une carrière toute tracée. On peut être très demandé pendant plusieurs saisons et puis connaître des vides, des creux terribles. Cette incertitude est angoissante, mais elle pimente aussi  la vie. Rien n'est établi, c'est l'aventure. Uns des clés pour s'en sortir, à mon sens, est de se diversifier au maximum. Il n'y a pas que le théâtre, il y aussi, la pub, le doublage, le cinéma, les cours, l'écriture…

 

Vois-tu une évolution (en général) de ce métier, du milieu ? Si oui laquelle ?

 

L'évolution que je constate pour le moment est la difficulté croissante de créer. En période de crise économique, ce n'est jamais le secteur artistique qui est privilégié. Au contraire, les théâtres manquent actuellement, cruellement d'argent ou plutôt, les subsides sont très mal répartis. Il en résulte une nécessité de remplir les salles pour rentrer dans ses frais et donc, une moins grande prise de risque. Nous vivons une période extrêmement compliquée pour la "jeune" création et l'audace. On préfère en général programmer des valeurs sûres plutôt que de donner une chance aux nouveaux auteurs. Je tiens à saluer l'Atelier 210 qui garde une programmation variée et audacieuse, mais qui malheureusement ne reçoit aucun subside de la Communauté française.

Je ressens actuellement un stress chez pas mal d'artistes. Beaucoup n'ont pas ou peu de projets rémunérés en vue, alors que jusqu'ici, ils avaient des saisons remplies. Ce n'est pas une histoire de talent, c'est une question de chance. Et la chance, comme chacun sait, elle tourne. Nous sommes tous assis sur des sièges éjectables.  

 

Quelles sont les pièces (jouée et écrite) dont tu es le plus fier ?

 

"Facteur Humain" est certainement la pièce dont je suis le plus fier. C'est la première qui a reçu un prix et qui a été publiée. C'est un peu celle qui a mis le feu aux poudres. Il m'a fallu plus de deux ans pour l'écrire et je ne m'attendais pas à un tel impact. J'y ai mis beaucoup d'éléments personnels, très sensibles. Ce fut aussi une immense joie de pouvoir l'interpréter au Théâtre Le Public. Depuis, la pièce continue son petit bonhomme de chemin. Elle a été créée à Paris et est traduite en allemand.

 

Parmi les spectacles que j'ai eu l'occasion de jouer, je pointerais "Tu ne violeras pas" de Edna Mazya, mis en scène par Wajdi Mouawad au Théâtre de Poche, "Arlequin, valet de deux maîtres" de Goldoni, mis en scène par Carlo Boso au Théâtre le Public et "Incendies" de Wajdi Mouawad mis en scène par Georges Lini au ZUT.

 

"Tu ne violeras pas" est mon premier spectacle. Sortir de l'école et être dirigé par Wajdi Mouawad fut une chance inouïe. Wajdi m'a appris énormément sur la générosité, le ludique et l'écoute. Trois éléments primordiaux pour le jeu du comédien. Cette belle expérience m'a permis aussi de tisser des liens très forts avec mes partenaires de jeu et l'équipe du Théâtre de Poche. Je n'oublierai jamais que c'est dans ce théâtre que j'ai débuté et il gardera dans mon cœur, une place particulière, bien au chaud.

 

"Arlequin, valet de deux maîtres" signe ma rencontre avec Guy Pion, Béatrix Ferauge et leur compagnie du Théâtre de l'Eveil  avec qui je travaille toujours régulièrement. Carlo Boso m'a fait découvrir la Commedia dell'Arte, dont les fondements de base peuvent servir à toutes formes de théâtre. La Commedia est une école inouïe. Apprendre à connaître son fonctionnement, c'est retourner aux sources même du jeu animal, pulsionnel et brut. Nous avons joué ce spectacle plus d'une centaine de fois en Belgique et en France.

 

"Incendies" de Wajdi Mouawad au ZUT compte aussi parmi les spectacles qui m'ont marqué. La force de la pièce et la proximité avec les spectateurs créaient chaque soir une magie rarissime. Lorsque les lumières se rallumaient, les larmes mêlées de sourires des spectateurs étaient bouleversantes.

 

Ton meilleur souvenir du métier ?

 

Mon meilleur souvenir en tant que comédien est la dernière des "Jumeaux vénitiens" de Goldoni, mis en scène par Carlo Boso avec le Théâtre de l'Eveil.  Nous avons joué ce spectacle de Commedia dell'arte presque une centaine de fois et la dernière a eu lieu eu Festival Théâtre au Vert sous le chapiteau des Baladins du Miroir. Ce fut une représentation magique, difficile à expliquer. Toute l'équipe était incroyablement soudée, mue par une extraordinaire énergie. Le public explosait de rire, il respirait avec nous. J'ai eu l'impression que le plateau s'envolait! Ce soir-là, ce fut plus qu'une simple représentation, ce fut une expérience inouïe. Portés par les rires des spectateurs et la force des masques, nous étions véritablement en état de grâce.

 

Un autre de mes meilleurs souvenirs est la dernière (encore!) représentation de "Facteur Humain", mis en scène par Guy Theunissen au Théâtre Le Public. En plus de la jouer, j'avais écrit cette pièce. Elle me tenait énormément à cœur et là aussi l'équipe était formidable. Lors de la dernière représentation, à la fin de la pièce, Erika Sainte, Jo Deseure, et moi, nous ressentions un tel pincement au cœur, nous étions tellement à fleur de peau, que nos larmes à la fin de l'histoire (qui se terminait sur un déchirement) étaient bien réelles. De plus, en secret, des confettis avaient été installés au-dessus de la scène. Au moment du final, sur fond d'un vibrant "Somewhere over the rainbow", cette pluie de paillettes a été lâchée sur la Mère (Jo Deseure), en pleine hallucination hollywoodienne, offrant une image bouleversante et d'une force poignante. Ce soir-là, nous avons tous les trois salués les yeux embués de larmes, en nous serrant les mains très fort. Inutile de préciser que cette expérience inoubliable a tissé des liens inextricables entre nous.

 

 

Ton pire souvenir du métier ?

 

Oula! Mon pire souvenir sur scène c'est sans doute la représentation de "Kour" au Festival de Huy. C'était un spectacle visuel sans paroles. Evidemment, qui dit "spectacle visuel" dit "importance de l'image". Or, ce soir-là, il y a eu un problème technique. Tous les projos sont restés allumés. Dans la salle, il n'y avait presque que des acheteurs, rien ne fonctionnait et nous n'avions plus aucun repère. J'ai même aperçu, alors que j'étais sur scène, qu'on était occupé à changer de table de régie. C'était le chaos. Ca a duré 45 minutes. Là, je me suis vraiment demandé ce que je faisais dans cette galère.

 

Autre souvenir désagréable mais cocasse…Nous devions donner une représentation  scolaire d'"Arlequin, valet de deux maîtres" à 10h à Marches en Famennes. Nous étions partis très tôt car certains d'entre nous en avait pour une bonne heure de maquillage.

A 10h, toute la troupe était costumée, maquillée, prête à commencer…Mais le public n'est jamais venu! L'école s'était trompée de jour!

Je nous revois encore dans nos costumes XVIème siècle, avec nos masques et nos maquillages seuls devant nos tréteaux à 10h du matin à Marche en Famennes dans une atmosphère humide chargée de chlore (la piscine est dans le centre culturel). Un grand moment de solitude…

 

Quel est le personnage que tu souhaiterais un jour incarner ? Et pourquoi ?

 

Sans hésiter : le Roi Lear! J'espère vraiment, quand je serai vieux, avoir la chance de le jouer. Il représente pour moi la quintessence de la condition humaine : puissant et fragile, sage et fou, riche et misérable.

 

"Quand nous naissons, nous pleurons d'être venus dans ce grand théâtre de fous."

 

Tout est dit. C'est beau à s'en déchirer le cœur. Je rêve d'un jour interpréter le Roi Lear car pour moi, c'est le personnage le plus humain, le plus riche de tout le répertoire.

 

Quel est le roman que tu aurais voulu écrire ? Et pourquoi ?

 

Il y en a des tas. Je suis un grand lecteur depuis toujours. Je suis très fidèle aux auteurs que j'aime.

Parmi mes livres de chevet, il y a : "American Gods" de Neil Gaiman, "Fight Club" de Chuck Palahniuk, "Le Seigneur des anneaux" de Tolkien, "Girlfiend dans le coma" de Douglas Coupland, "Les pilliers de la Terre" de Ken Follet et "les Dames du Lac" de Marion Z. Bradley.

Je pense que ce n'est pas un roman que j'aurais voulu écrire, mais une bande dessinée. Il s'agit des 11 volumes de "Sandman" de Neil Gaiman. Un chef d'œuvre absolu. Je n'ai jamais rien lu d'aussi captivant. C'est une série de contes oniriques et gothiques. En mêlant rêves, merveilleux et mythologies, Neil Gaiman a signé avec "Sandman" une œuvre majeure de la littérature. Ce formidable roman graphique ouvre des portes inattendues sur la poésie et la vraie magie. On passe sans cesse de l'émerveillement à l'horreur, du rire aux larmes. On en ressort bouleversé et plus riche. Neil Gaiman est un des plus grands auteurs contemporains. Ces histoires ont la puissance poétique, émotionnelle et existentielle de Shakespeare. Et Dieu sait si j'aime le grand Will!   

 

Comment te vois-tu dans 5 ans ?

 

Dans 5 ans, j'aurai 43 ans. Je me vois en train de relire cette interview et de me marrer en me disant que j'étais jeune, innocent et con! Je ne suis pas le même qu'il y a 5 ans et je ne serai donc pas le même dans 5 ans.

Malgré tout, j'espère, dans 5 ans, avoir toujours ce même émerveillement et ce même enthousiasme par rapport à mon métier et ma vie. J'aurai le cœur rempli d'encore plus de rencontres et d'aventures humaines. J'aurai toujours autant de questions et si peu de réponses. Et c'est très bien comme ça…

 Photo: Cassandre Sturbois

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